Le Pavillon de L’exil / Escale 03 / Saint-Louis 

Commissaires : Marie Deparis-Yafil, mounir fatmi

28 Avril au 3 Juillet 2018

Après des escales à Paris et Marseille et avoir été présenté à l’Institut français de Tanger et à la Biennale de Venise, le Pavillon de l’Exil s’installe à Saint-Louis, du 28 avril au 3 juillet 2018. Avec près de 30 artistes internationaux, cette étape du Pavillon déploie une quarantaine d’oeuvres de tous médias autour des questions de l’exil, du déplacement, de la situation des exilés, de l’histoire de l’exil et des diasporas. 
 
Le Pavillon de l’Exil est un concept d’exposition imaginé par l’artiste marocain mounir fatmi, co-commissaire, avec Marie Deparis-Yafil, de cette édition à Saint-Louis. A propos du Pavillon de l’Exil, mounir fatmi écrit : « De cette nécessité, de cette urgence permanente de penser l’exil, est né le projet du Pavillon de l’Exil, comme un projet itinérant, proposant une cartographie parallèle, une géographie libre d’expositions temporaires, sous la forme d’escales dans différents pays.(…)Le projet pose la question de l’exil comme un nouvel espace à réinventer, à repenser et finalement à investir. »
 
 Ainsi, en une sorte de mise en abîme, les œuvres choisies pour le Pavillon de l’Exil, un peu à la manière de la « valise » de Marcel Duchamp, se transportent, ou se recréent aisément, se déployant dans l’espace pour l’investir physiquement. 
 
Le fleuve Sénégal, au bord duquel se tient la galerie de l’Institut français, symbole de l’exil, du départ et du lointain, s’est d’enblée imposé comme une source importante d’inspiration pour conduire cette nouvelle étape du Pavillon. Par son histoire, intimement lié à la traite humaine durant plus de deux siècles, la question de la diaspora africaine se réactive, et se superpose aux exils d’aujourd’hui, nourissant ainsi le parallèle que fait Achille Mbembé entre l’Atlantique du 15ème siècle, au fond duquel gisent les restes de milliers d’hommes et de femmes, et la Méditerranée du 21ème siècle.Mais le fleuve évoque aussi, à l’image de cette embarcation créée par le plasticien ivoirien Jems Robert Koko Bi, installée non loin de la galerie au bord de l’eau, et des visages sculptés de ses passagers tournés vers l’horizon, l’ouverture aux possibles, une forme de l’espoir, une liberté, un droit – celui de vivre ailleurs- et parfois une chance, comme l’écrit l’auteur martiniquais Patrick Chamoiseau. Une chance, peut-être davantage encore pour ceux qui accueillent que pour les candidats au départ. « On peut voir », écrit ce théoricien de la créolité, « les flux migratoires comme un réveil du sang de la terre » dessinant les paysages réels de notre destin commun. Parler de l’exil, ce n’est pas, comme le souligne le philosophe français Michel Foucault, « gratter la terre pour retrouver quelque chose comme des ossements du passé, un monument aux morts, des ruines inertes auxquelles il faudrait péniblement et par les moyens du bord redonner vie et date », mais à la fois « retrouver la voix disparue derrière le silence » et esquisser les fondements de la mondialité. La possibilité de l’exil, et plus généralement du déplacement, suggère « que la terre n’appartient à personne. Elle exprime que la terre est en partage pour tous, et que l’on devrait s’y déplacer librement, sans contraintes. », écrit encore Chamoiseau. 
 
Si cette idée nourrit le besoin du monde contemporain d’ « identités ouvertes », d’un monde « ensemble-monde », elle ressurgit de l’histoire entière de l’humanité. Les cultures, les civilisations, les langues ont toujours été des surgissements causés par des contacts, des chocs et des rencontres. Par l’enraciment et par l’exil, nous sommes tous concernés. Nous l’avons toujours été. De même qu’il y a des frontières et des territoires , l’apatride, l’exilé, sont des figures permanentes de l’histoire des hommes et des peuples, autant que l’espérance – le mythe- du retour. Alors la question de l’exil est-elle vraiment contemporaine ? Ou simplement nous apparait-elle aujourd’hui plus tragique et plus rude? Elle est, quoiqu’il en soit, une réalité vive du monde que nous habitons. Le « monde commun » dont parlait Hannah Arendt, celui que nous avons perpétuellement à construire, et à l’édification duquel l’oeuvre d’art participe, est peut être de toujours un monde dans lequel l’exil est la condition ordinaire, et aujourd’hui, un monde globalisé qui peut se définir non plus par le fait que certains errent là où d’autres sont enracinés mais où personne n’est « chez lui » de toute éternité.
 
Les artistes de ce Pavillon de l’Exil, chacun à leur manière, abordent ces questions, oscillant de l’histoire individuelle à l’histoire collective, du drame à l’espoir, de l’arrachement à la réappropriation, de la nostalgie à la réinvention de soi. 
 
Marie Deparis-Yafil, Paris 2018. 
 
Pour cette troisième escale du Pavillon de l’Exil, les commissaires ont invité près de 30 artistes d’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’ailleurs. Si certains d’entre eux ont déjà montré leur travail au Sénégal, notamment à l’occasion d’une Biennale de Dakar, d’autres y présentent leur travail pour la première fois. Le Pavillon de l’Exil se dévoile ainsi comme un lieu de croisements, d’échanges et de découvertes. 
 
Artistes participants : 
 
Ali Assaf – Irak / Younes Baba-Ali – Maroc / Sophie Bachelier – France et Djibril Diallo – Mauritanie Philippe Cazal – France / Gohar Dashti – Iran / Omar Victor Diop – Sénégal / Mohamed El Baz – Maroc / Dimitri Fagbohoun – France/ Bénin / mounir fatmi – Maroc / Kendel Geers– Afrique du Sud / Marco Godinho– Portugal / Mona Hatoum – Liban / El Hadji Keita – Sénégal / Farah Khelil – Tunisie / Esmeralda Kosmatopoulos – Grèce / Jamila Lamrani – Maroc / Ndari Lo – Sénégal / Anna Raimondo – Italie / Sadek Rahim – Algérie / Groupe Untel – France / Yara Saïd – Syrie / Curtis Santiago – Trinidad / Canada / Hank Willis Thomas, Chris Johnson, Bayeté Ross et Kamal Sinclair – USA / Brankica Zilovic– Serbie
 
 
Remerciements et partenariats :

Cette escale a été réalisée avec le concours des artistes, de l’institut français de Saint-Louis et du Studio Fatmi.